| Au Crédit agricole, les dindons de la farce financière sont toujours les mêmes. Ce sont les 5,5 millions de sociétaires, propriétaires des caisses locales, elles-mêmes détentrices des caisses régionales. Pour «muscler» son entrée en Bourse, le Crédit agricole a en effet décidé d'offrir au marché 25% de celles-ci. N'aurait-il pas été légitime d'indemniser les sociétaires, propriétaires au second degré de ce quart de gâteau proposé à de nouveaux actionnaires? «C'est évident, les sociétaires sont les principales victimes de cette entrée en Bourse », juge François Guillaume, ancien ministre de l'Agriculture. Parmi ces «victimes», seuls les agriculteurs du syndicat Verte France, qui guerroie contre le Crédit agricole sur de multiples fronts, se mobilisent sur ce sujet. Autrefois, les clients qui s'endettaient auprès de la Banque verte ne payaient pas de frais de dossier, mais achetaient des parts sociales constituant le capital de leurs caisses locales. |
Ces titres sont en fait des obligations, à taux fixe de 2 à 3%, ne donnant aucun droit, en théorie, aux énormes bénéfices mis en réserve par le Crédit agricole au fil des décennies... Les parts sociales sont ainsi remboursées à leur valeur nominale, soit 10 ou 100 francs, selon leur date de souscription. Deux tentatives, n'émanant pas de la Banque verte, ont été faites pour corriger cette «anomalie». En 1988, par exemple, lorsque l'Etat décide de vendre la Caisse nationale du Crédit agricole, organisme public, aux caisses régionales. Les socialistes déposent un amendement afin que les sociétaires soient associés à cette première privatisation et puissent devenir actionnaires de la Caisse nationale.
Cette suggestion ne sera suivie d'aucun effet... « Cette discrimination entre sociétaires et actionnaires ne peut plus durer, estime Bernard Charles, député radical de gauche du Lot. Le Crédit agricole doit faire un geste fort pour ses sociétaires. Le parlementaire vient d'envoyer une question écrite dans ce sens à Laurent Fabius, ministre de l'Economie et des Finances. |
Sans succès. C'est bien dommage pour eux, car le cours de l'« action » de la Caisse nationale elle n'était pas cotée, mais son prix était évalué chaque année par le groupe a été multiplié par 3,5 depuis 1988. Quatre ans plus tard, en 1992, une loi sur la modernisation de la coopération offre la possibilité, notamment aux caisses locales du Crédit agricole, d'augmenter la valeur des parts sociales en y incorporant pour partie les réserves.
Sera-t-il entendu ? Rien n'est moins sûr. Car, le passé l'a démontré, il vaut mieux être actionnaire que sociétaire du Crédit agricole. Un constat bien amer pour les adeptes du mutualisme !
l. Véronique Dufay, avocat de Verte France, va saisir le juge des référés afin de dénoncer les « multiples inexactitudes » contenues dans le document de référence déposé à la COB par le Crédit agricole. Elle espère ainsi obtenir la suspension du projet de cotation ! |